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Mes
premiers signes de solitude apparaissent. |
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L’impression
de perdre l’usage de la parole... Je me surprends à hurler pour entendre
le son de ma voix, à me retourner pour voir si une pieuvre géante ne va
pas poser ses tentacules sur mon épaule "Alors petit gars ça boume ?". Mes convictions s'étiolent. Pourquoi continuer un tour du monde ? Est-ce fait pour moi ? Bonnie excuse-moi de te dire cela mais tu es plus proche du radeau de la méduse que d'un voilier hauturier. Déprimé, j'imagine à la hauteur des côtes Marquisiennes couler le bateau, débarquer en radeau de survie sur la côte, prendre le premier vol pour nos Alpes françaises et passer la fin de mes jours devant le feu d'une cheminée, la pipe au bec... 3 mois avant, je faisais mes adieux aux amis sur le quai de Marigot à Saint-Martin, partant pour Panama.
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Peur
et
excitation |
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se
confondent
pour ce départ en solitaire. |
Mille questions me trottent dans la tête (cargos, sommeil, maigre caisse de bord...) auxquelles je n'ai pas de réponse, mais une certitude, l'envie. L’envie d'essayer, de toucher, de voir, de sentir. Pour cette première étape de 1000 milles, les cargos se font discrets, leurs routes plus au sud me laissent dormir par tranches de trente minutes environ, laissant la gouverne au pilote électrique (navik). Pour ces gros pachydermes aux murailles d'aciers, un petit voilier de 10 mètres écorcherait à peine la première couche de peinture ! Au large de la Colombie, un coup de chien force 8 d'est, au portant dans une mer grosse, blanche d'écume envoie Bonnie au tapis. Pendant d'interminables minutes, mon Ovni trempe ses barres de flèche tribord, avant de revenir à l'endroit, cuisine inondée. De quoi me mettre dans le bain... |
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| Après
10 jours de mer dans un vent devenu faible et des courants con-traires,
Panama m'ouvre ses portes. Dans le port de Cristobal, Bonnie rejoint le
mouillage en face du Yacht-Club, tout près des premières écluses du canal. Les fonds, médiocres, m'obligent à surveiller le mouillage, mais les plus grosses difficultés, pour franchir le canal, restent l’administration et ses nombreux formulaires. Le passage revient à 565 $ : 47 d'entrée, 39 pour un permis de navigation, 8 de timbres et 470 pour la jauge de Bonnie. Cette jauge est faite selon des mesures parfois bien aléatoires. L’officier venu relever les mesures, a calculé précisément la distance de la sortie de mèche de safran à la manette des gaz ! Au bout du compte entre une unité de 10 m et 15 m, la facture passe de 470$ à 480 $ ! |
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| Dernières courses pour remplir la cambuse et le 17 mars aidé de Patrick, Gwen et un couple brésilien faisant office de Liners, nous passons le canal en deux jours. Ce dernier s'étend sur 80 km du Nord au sud franchissant au total 5 écluses passées à couple d'un tug (remorqueur qui aide les cargos dans leurs manœuvres), avec d'autres voiliers ou contre le mur des écluses ( la meilleure position ). Bonnie s'écarte de lui-même du mur et les liners n'ont qu'à donner du mou. | ||
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Le
magnifique lac de Gatun au milieu du canal est parsemé d'îlots coiffés
d'une végétation vert sombre aux racines aériennes, aux formes multiples
et variées et de fleurs inconnues aux formes bizarres. Des oiseaux mouches
étincelants, gros comme le pouce et des papillons en myriades scintillantes
virevoltent. Il est vrai que Panama est un réservoir botanique. Une partie
du lac étant artificiel, les champs de cimes d'arbres morts surgissent
de l’eau rendant l’atmosphère étrange, irréelle. Au
deuxième jour, après un seau d'eau sur la tête du capitaine en signe
de bienvenue et le passage sous le Bridge of America : la porte de l'océan
Pacifique, Bonnie peut faire ses premières brasses. "Tu as de l'eau sous
le sabot alors cours, cours..." |
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