Des bandes
de récifs et de
brisants pullulent
 

aux îles Tonga.

L'arrivée à Nuku'alofa, sur Tongatapu, la capitale spirituelle et économique du royaume, vaut le détour. Naviguer dans ces eaux avec des cartes du début du siècle amèneraient le bateau à coup sûr sur le plancher des vaches.
Donc la prudence s’impose.


Cook, dans sa description, en disait : «Ni colline, ni vallée, mais une surface entièrement plate, couverte de variétés innombrables d’arbres...».
Il est vrai que l'île semble être une dalle posée au milieu de nulle part.
 
 

 

À la découverte
du vaste archipel
Trois jours après mon arrivée au port de la capitale, je fais connaissance de Robert un Tongan qui me propose de partir avec lui dans le groupe Ha'apai au Nord de Tongatapu, au centre de l’archipel, y vendre de la marchandise sur les îles. J'accepte aussitôt et laisse pour trois semaines Bonnie à couple de Koalaroo, ketch australien de 15 mètres.  
à bord d'un
"Market Boat"!

Je prends donc place à bord de "Taufale", vieux grément de 13 mètres en bois, vieux de quarante ans avec Robert (surnom : Camberry) le capitaine Tongan, Nancy sa femme, Su leur petite fille de quatre ans, Hurst, autrichien marié à une Tongaise et Murphy le mécanicien du bord (18 ans). Le voilier est une véritable épicerie nautique. La cale est remplie de nourriture (farine sucre, lards, saucisses, allumettes, briquets, cigarettes, lait écrémé, savon, produit vaisselle, couches-culottes, shampooing, chips, rasoirs...).

À bord pas de carte, une boussole déboussolée, aucun équipement de sécurité, des voiles qui date de Matusalem et un moteur qui tourne grâce aux bidouillages de son mécanicien hors pair. Première navigation, problèmes d'alignement : on fait tourner le moteur au ralenti pour atteindre Nomuka. Toutes les navigations se font à vue, l'endroit regorge de corail, je commence à comprendre pourquoi aucun voilier n’y met les pieds préférant le sud ou le Nord des Tonga. La signalisation y est presque inexistante.

Nous arrivons sur Nomuka un jour d'enterrement. La population s'est réunie dans le centre du village : les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Sur deux grandes nattes sont déposés des paniers tressés en feuille de palmiers remplis de manioc, patates, mangues cuites, fruits à pains, et d'énormes quartiers de porcs. Toute la nuit, des chants funèbres résonnent à travers l'île jusqu'au matin. Les Tongans porteront le deuil de leurs proches pendant des mois.

 
Nomukaiki en face de Nomuka aux superbes plages de sable blanc bordées de cocotier est la prison des Tonga. Les prisonniers passent leurs journées à nettoyer l'île et cultiver leurs repas ! Les habitants de l'île, comme dans toutes celles où nous passerons, défilent toute la journée sur notre Boat Market afin d'y acheter des produits. Dans ces petites îles, les routes goudronnées sont rares, juste des chemins de terre empreintés par le seul véhicule servant à la communauté pour le transport du matériel et de la coprah.
 
Direction Mango
, Fonoei ou la houle nous empêche de mouiller correctement l'ancre à jas, Oua, Lifuka... On passe au large de Tofua, volcan au centre duquel un lac d'eau douce s’y repose. Personne n'y vit, mais ses terres riches en ont fait le potager des îles avoisinantes. Dans chaques îles, la population vient à notre rencontre sur ses pirogues à balancier creusées dans du bois de manguier.

L'accueil

chaleureux
des habitants
des îles

Le visage sale, seul à ne pas dire un mot depuis le début de notre balade, l'enfant m'impressionne ne lâchant pas d'une semelle ses livres religieux qu'il sert contre sa poitrine, m'observant avec ses grands yeux.
Il fait partie d’un groupe d’une dizaine d’enfants qui m’accompagnent à la découverte de leur îlot, m'offrant des mangues, des cocos qu'ils détachent eux-mêmes de la cime des arbres...
Nous faisons le tour en quinze minutes de Tungua, une des minuscules îles du groupe Ha'apai.
 

L'accueil y est des plus chaleureux. En signe de bienvenue et d'amitié, on nous tend une jatte de Kava, boisson traditionnelle à base de racines, une sorte de poivrier (the rode of peeper plante), ayant un goût de terre et anesthésiant légèrement le palais (le meilleur Kava se trouve au Vanuatu) , suivie de nourritures servies en abondance. Assis en tailleur sur une grande natte nous nous délectons de fruits à pains, de manioc, de mangues cuites à l’exquis goût de caramel et d'incontournables poissons crus au lait de Coco. Les Tongans mangent méticuleusement toutes les parties du poisson et les yeux restent un met de choix : la cerise sur le gâteau ! J'y goûte en faisant tous les efforts du monde pour ne pas vomir.

Dans la case d’à coté, deux femmes tressent des nattes avec le Loakao (plantes aux longues feuilles, qu'elles coupent, font sécher et tremper (un mois) dans l'eau de mer) puis les découpent en lanières de la longueur voulue. D'autres écrasent patiemment avec un pilon l'écorce du mûrier à papier, pour en faire des Tapas, quelles porteront les jours de fête.
On vit dans cette île, comme dans beaucoup d'autres, de la pêche et de la récolte du coprah. Ne voulant surtout pas déroger à la règle,sur les îles, tous portent autour de la taille le Ta'ovalas (pièce caractéristique du costume tongan) en feuilles de pandanus finement tissées .
 

L'abscence d'électricité, une citerne d'eau à l'extérieur des maisons, semblent être le quotidien des habitants. Au milieu du village trône un dispensaire et un groupe électrogène flambant neufs. Les trois premiers mois de fonctionnement, un médecin et deux infirmières sont venus s'installer en principe définitivement, mais ont bien vite quitté les lieux. Aujourd'hui, une nurse et un médecin viennent une fois par an pour la vaccination, distribuent deux trois cachets puis s'en retournent. Les villageois ne pouvant même pas bénéficier de cette instalation financée par une aide humanitaire Euro-Americaine !

Deux jours sur Tungua
afin de réparer l'alignement du moteur et déjà nous filons sur Ha'afeva à bord de notre Market flottant...
 
 
Après deux semaines de nomadisme jusqu'à Pangai, vivant sur le pont de "Taufale", nous décidons avec Hurst, pour des différents avec le capitaine, de prendre la goélette Olovaha pour rentrer sur Nuku'alofa. Pendant la traversée, nous croisons des cachalots et des jubartes.

De retour sur Nuku'alofa
, quelques jours avant de quitter les Tonga, Falai m'emmène voir les renards volants sacrés de Kolovai. Des centaines de chauve-souris frugivores et couinantes sont suspendues, la tête en bas, dans les arbres, au centre du village. Falai me conte qu' «une princesse samoane les offrit, il y a environ quatre siècles, à son bien-aimé. Un grand navigateur tongan les fit transporter à Kolovai. Elles s’installèrent dans ces arbres et n'en bougèrent plus jamais : elles devinrent les symboles de l'amour de cette femme.»

Devant l'étrave de Bonnie, se profilent désormais
les côtes indonésiennes - en attendant l'Inde !

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