Voiles noirs
devant les yeux,
   
étourdissements
répétés...

Tout ça n'est pas bon signe mais je n’en suis que le seul fautif. Parti de Cochin (état du Kerala) dans le sud-ouest de l'Inde, une cambuse presque vide, 15 kilos de riz, trois boîtes de thon, dix sachets de nouilles chinoises, épices, thé, sucre et un bidon de farine ou grouille des charançons, venant d’y passer 2 mois d’émerveillement et de chocs culturels, un pays ou la pauvreté jonche les trottoirs, j'ai voulu me mettre moi aussi en situation et éprouver la faim !
N'ayant pas pêché un seul poisson les quinze premiers jours d’une traversée (qui prendra 1 mois dû au fait que je n’ai pas gratté les anatifes sur la coque de Bonnie) mon régime alimentaire est plutôt monotone et manque sérieusement d’apports énergétiques. Heureusement, la navigation fut des plus tranquille sous un vent oscillant entre 0 et 25 nœuds du Nord Nord-Est, les changements de voiles sont rares et Balthazar (mon régulateur) maintient le cap un peu à l'écart de la route des cargos jusqu'à Aden.

 
 

Aden,
sud-ouest
   
du Yemen

Cette ville au bout de nulle part est construite dans le cratère d'un double volcan surplombé de plateau basaltique, étouffant de chaleur ou le problème majeur reste l'eau. La ville est séparée de son port par des marais salants ou pêcheurs de coquillages ayant de l'eau jusqu'a mi-cuisse côtoie des centaines de Flamand rose leurs têtes fouillant la vase à la recherche d'une nourriture.

Porte de la Mer Rouge, l’escale d’Aden est en majorité Anglo-Saxonne, les Français préférant s’arrêter à Djibouti. Bonnie mouille devant le bureau de l'office d'immigration près de Maalla. Les formalités sont gratuites (oui, ça existe ! Soulignons aussi que c’est un peu à la tête du client...). L’inconvénient, ici, pour un voyageur, est de pouvoir retirer de l'argent. Les banques n'acceptent pas les cartes de crédit et le change n'est pas facile, refusant même les dollars antérieurs à 1990 que ce soit en banque ou dans la rue. La solution est de s’adresser aux hôtels de luxe selon le bon vouloir du gérant.

Je retrouve au mouillage le catamaran "Gone Troppo" d'un couple australien, rencontré à Cochin. Ils viennent de se faire attaquer par des pirates au large du Yémen à la hauteur de Balihaf plus à l'Est. Les impacts de balles bien visibles sur leurs coques, nous rappellent que parfois certaines mers peuvent être dangereuses. Ils s'en sortent avec plus de peur que de mal, du matériel volé et une balle a éraflé Gail sur la cuisse, heureusement sans gravité. Ils restent décidés à poursuivre leur route vers l'Europe.

Avec Mohamed, un Soudanais équipier sur un bateau français en escale à Aden, nous visitons la ville...


La vie
des hommes
   
yéménites
repose sur
le qat.

Il représente un quart du budget familial ! Le qat pour un yéménite est l'équivalent du vin rouge en France."Drogue" douce très répandue (la plante est dessinée sur le billet d'un ryal). Deux à trois fois par semaine, avec Mohamed, nous nous rendons sur le marché au qat près du port.
Le hayon des 305 breaks lever, les vendeurs les uns à côté des autres présentent aux acheteurs leurs marchandises, branches aux petites feuilles ressemblant au laurier, liées en bottes et enveloppées dans des linges humides pour une meilleure conservation. En milieu d'après-midi, les plus beaux lots sont partis et les prix s'envolent. Après quatre ou cinq marchands nous décidons d’acheter une botte pour 450 Ry, un peu cher, à un vieux yéménite au sourire édenté, l'allure fière dans sa futa (jupe bouffante descendant au-dessous des genoux), et sa djambya (dague à lame courbes, symbole de la virilité) accrochée au milieu de la ceinture !

 

Dans l'une
des nombreuses
petites échoppes
 

 
installées aux quatre coins des rues, nous mangeons un salta, plat national, ragoût épais et épicé au poulet, lentilles, haricots, pois chiches, coriandre et épices, accompagné de pain dont les Yéménites raffolent. Il en existe de multiples variétés dont le khubs tawwa (pain crêpe) ; ruti lahuh ( pain-gâteau fait à partir de sorgho). Il n'est pas évident de manger de la main droite, la gauche étant réservé à un autre emploi et il faut s'efforcer de ne pas s'en servir au risque de choquer les personnes présentes. Le sol en terre battue du restaurant est couvert de mouches, on y jette tous les restes que les chiens et les chats leur disputent ainsi elles ne vous bourdonnent pas aux oreilles.


 

Assis en bord de mer, à la terrasse d'un petit café, face aux voiliers entourés de boutres à moteurs (leurs voiles sont au placard depuis longtemps), le rituel du qat peut commencer. Les réunions naissent spontanément dans les maisons yéménites, à l'arrière d'une boutique, à l'ombre d'un arbre. Tous, sans exception, qu'ils soient boulangers, épiciers, chauffeurs de taxi, s'arrêtent en début d'après-midi pour mâcher le qat : tout un art ! Les feuilles forment une boule dans une joue grossissant à mesure que de nouvelles feuilles viennent s'ajouter aux premières.
Mohamed, Djaouan et quelques autres glissons doucement dans la béatitude, les angoisses s'évaporent, les langues se délient... Mohamed pris d'une légère euphorie, nous décline des vers arabes qu’il me traduit dans la mesure du possible. Le temps, les dettes, les problèmes d'eau, les problèmes conjugaux viennent à tour de rôle dans la discussion.
Le narghilé (pipe à eau) au tabac à la pomme passe de bouche en bouche effaçant le goût amer du qat. La nuit depuis longtemps tombée est l’arène de palabres incessantes.

 

Remontée
de la
Mer Rouge
 
 

Bonnie remonte la mer rouge en 3 semaines (février 2000), au portant jusqu’à Port Soudan, un passage délicat fortement venté dans le détroit de Gubal et en dernière réjouissance un magnifique slalom entre les plates-formes pétrolières le tout au pré jusqu’au Canal de Suez, appelé plus communément le "Malboro Chanel" pour ses nombreux vendeurs de cigarettes.
Endroit peu agréable ou l’arnaque est devenue la règle d’or.



Après
3 ans,
la route
du retour...


Grèce, Italie et France, fin d’un voyage avec l’accueil chaleureux des amis et parents sur le port de Pallavas les Flots près de Montpellier. Assis devant la mer, déjà, une petite voix chante dans ma tête : celle d’une sirène blanche d’Antarctique. Mais ça, c’est une autre Histoire...


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De Bali au Sri Lanka L'archipel des Tonga Du canal de Panama aux îles Marquises